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Ironiques, les abîmes ultimes - Dalibor Frioux, Valéry Molet

Ouvrage paru aux éditions Sans Escale avec une préface de Paloma Hermine Hidalgo

lundi 17 avril 2023 par Françoise Urban-Menninger

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Ce mince opuscule, qui vient de paraître dans la collection Poésie et Philosophie des éditions Sans Escale, invite deux auteurs à pratiquer, par le biais de ces deux disciplines, l’ironie au sens de la maïeutique dont usait Socrate. C’est ainsi que le philosophe Dalibor Frioux plonge dans la noirceur de l’âme humaine quand Valéry Molet traverse le champ du poétique pour démasquer, à l’instar de Socrate, l’autre qui parle en lui sans fard.

Dans sa préface Paloma Hermine Hidalgo nous dit des deux auteurs que "Leur dérision puise dans l’esprit de la Camarde et dans l’abysse de la perte leur veine d’anti-prophètes". Dans sa descente vers les abîmes, Dalibor Frioux n’hésite pas à sonder les profondeurs, voire les tréfonds de cette âme qui n’a d’humaine que le nom. Dans son conte philosophique "Plus de mal que de peur", c’est le mal qui emporte l’enfant dans une déréliction où il quitte cette enfance "où il ne veut plus être bercé". Son antidote aux "fariboles", c’est le mal ultime qu’il découvre avec jouissance
dans une addiction aux sites proposés sur Internet.
S’ensuit une liste non exhaustive où les catastrophes, les dictateurs, des scènes d’empalement ou d’émasculation, voire les horreurs d’Auschwitz ou d’Hiroshima qui sont autant "d’histoires vraies" deviennent le grand réservoir du mal banalisé dont se nourrit à profusion l’imaginaire de Joseph, l’enfant livré à lui-même devant son écran "juché sur un tabouret" alors que "ses pieds touchent à peine le sol".
Cette " banalité du mal", dénoncée par Hannah Arendt, révèle le manque d’empathie vis à vis des victimes, mais plus encore l’absence de pensée. C’est ainsi qu’Hannah Arendt a mis en lumière "l’effondrement moral" d’un peuple, Dalibor Frioux ne fait pas autre chose quand il nous donne à lire sa fable abyssale d’où le lecteur remonte vidé comme le confie Paloma Hermine Hidalgo : "Un tel livre vide son lecteur de lui-même..."
Car dans cet opuscule, la descente dans les abîmes ultimes se poursuit avec Valéry Molet qui interroge l’autre en lui dans une forme poétique où il use et abuse de cette ironie mordante et acerbe qui confine au sarcasme. "Pourtant, notre amour ne traîne pas la jambe", écrit-il, car il lui faut couper l’herbe sous le pied des mots quand ils prennent le pas pour générer cette forme de lyrisme sentimental que l’auteur semble honnir ! Dire l’amour sans le dire, l’étouffer sous un prosaïsme sans concession qui l’anéantit dans le même temps où il surgit, voilà tout l’art subtil de Valéry Molet qui ajoute "Je t’étreins dans le pur néant du désir" ou encore de citer "le barda d’amour" ou "...cet osselet de peau qui forme ton continent". Dire l’amour, le proclamer, pour Valéry Molet, c’est aussi appréhender avec lucidité la mort qui s’invite dans son jeu de dupes. L’ironie permet de la démasquer, de la nommer mais aussi de la transcender dans des vers irradiants, beaux à damner la mort elle-même : "Tes bras sont deux belles cordes d’une guitare tzigane".

Françoise Urban-Menninger

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